Alimentation des bovins : rations moyennes et autonomie alimentaire

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Analyse des consommations de fourrages et d’aliments concentrés dans 664 exploitations spécialisées en bovin lait et bovin viande

Cet article reprend les principaux résultats d’une étude menée par l’Institut de l’Elevage (idele) à la demande et avec le soutien du Centre d’information des viandes. Le compte-rendu final est paru en décembre 2012 dans la collection Résultats de l’Institut de l’Elevage (http://idele.fr/recherche/publication/idelesolr/recommends/alimentation-des-bovins-rations-moyennes-et-autonomie-alimentaire.html).

L’étude menée en 2012 montre la place importante de l’herbe dans les rations, que ce soit de l’herbe pâturée ou conservée sous diverses formes (64 % en moyenne pour le cheptel laitier et allaitant et 80% si l’on ne considère que le cheptel allaitant destiné exclusivement à la production de viande). Elle fait également apparaître l’importante autonomie des exploitations d’élevage bovin, puisqu’en en moyenne 88 % des aliments qu’ils consomment sont produits sur la ferme même et environ 95 % sur le territoire français.

charolais herbe

CONTEXTE ET OBJECTIFS

L’étude vise à caractériser les profils d’alimentation des troupeaux bovins laitier et allaitant qui fournissent respectivement le 1/3 et les 2/3 de la viande produite en France. Ce que consomment les bovins est en effet au centre des préoccupations des consommateurs et citoyens et en lien avec l’image de l’élevage et de ses produits. Par ailleurs, l’alimentation des bovins dont la plupart des indicateurs économiques, sociaux et environnementaux des exploitations  en dépend, est au cœur des questions de durabilité de l’élevage.  Les données mobilisées pour ce travail concernent la campagne 2008 retenue en raison de l’absence d’aléas climatiques importants. Elles proviennent des exploitations suivies dans le cadre du dispositif des Réseaux d’Elevage, conduits en partenariat par l’Institut de l’Elevage et les Chambres d’Agriculture et les EDE (Etablissement Départemental de l’Elevage). Ce dispositif permet d’avoir une connaissance fine des différents systèmes de production, de leur fonctionnement et de leurs performances techniques et économiques.

Cette étude vise à répondre aux deux objectifs suivants :

 

I. MATERIEL ET METHODES

I.1. Les sources

Les données utilisées proviennent des Réseaux d’Élevage pour le Conseil et la Prospective et sont stockées dans la base de données «  Diapason »  des Réseaux d’Elevage.
Diapason regroupe les données collectées dans le cadre d’un suivi pluriannuel détaillé d'exploitations réparties sur l’ensemble du territoire national. Elles sont donc présentes dans les grandes zones d’élevage définies par l’Institut de l‘Elevage en tenant compte des potentiels pédoclimatiques et donc des productions fourragères.
Cette base contient des éléments sur la structure, les moyens de production, la production fourragère, les performances zootechniques des herbivores et les résultats économiques. La dimension des exploitations suivies dans ce cadre est souvent supérieure à la moyenne nationale mais la conduite alimentaire dans un même système fourrager ne dépend pas de la taille de l’exploitation.
Les exploitations détenant d’autres herbivores que des bovins (viande ou lait) n’ont pas été retenues dans l’étude. De même, les exploitations pour lesquelles les données portant sur les productions fourragères et le détail des fourrages et concentrés consommés étaient incomplètes, n’ont pas été retenues pour cette étude. Au final, 331 exploitations de bovins viande et 333 exploitations laitières ont été mobilisées pour cette étude.

I.2. Méthode d'évaluation des consommations d’aliments

I.2.1. Fourrages

Pour les fourrages conservés, la quantification a été réalisée à partir des estimations des quantités de fourrages récoltés, des variations de stocks fourragers, des achats et des ventes.
Cette quantification des stocks de fourrages utilisés a été réalisée pour les catégories suivantes :

Pour déterminer les quantités de fourrages conservés consommés, des taux de pertes (distribution, inconsommables) ont été appliqués aux valeurs des stocks utilisés :

Concernant les fourrages pâturés (herbe y compris les dérobées), l’estimation des quantités consommées n’est pas réalisée en routine dans les fermes commerciales en raison de la complexité des mesures à mettre en œuvre. Pour cette étude, ces quantités ont été évaluées sur la base des quantités totales de fourrages consommées par l’ensemble des catégories animales composant le troupeau auxquelles ont été déduites les quantités de fourrages conservées consommées.

Les quantités totales de fourrages consommées ont été estimées sur la base des effectifs moyens annuels pour chacune des catégories animales présentes dans les exploitations et en tenant compte :

I.2.2. Aliments concentrés et coproduits considérés comme aliments concentrés

Les données disponibles ont permis de distinguer :

Les résultats sont donnés selon les catégories suivantes :

I.3. Classification des exploitations bovines

I.3.1. Typologie des exploitations laitières

La typologie des exploitations laitières élaborée par l'Institut de l'Elevage combine quatre critères :

I.3.2. Typologie des exploitations avec bovins viande

La typologie des exploitations bovins viande élaborée par l'Institut de l'Elevage combine les OTEX (orientations technico-économiques de l'exploitation) et le type d'atelier bovin viande (naisseur, naisseur-engraisseur et engraisseur strict). Elle repose sur :

 

II. PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS

II.1. Quantités d’aliments consommées selon les systèmes de production

Exprimées en tonne ou kg de matière sèche (MS) consommée par UGB et par an, les quantités de fourrages et d’aliments concentrés ont été calculées pour chaque exploitation. Les moyennes ont été faites selon les classes typologiques définies. Ces résultats sont présentés dans les tableaux 1 (exploitations bovin viande spécialisées), 2 et 3 (exploitations laitières spécialisées et mixtes lait et viande).
Ces résultats moyens par classe typologique et la part de chacune des classes dans le cheptel français (exprimée en % des UGB) ont permis de calculer les quantités de fourrages et d’aliments concentrés consommées en moyenne par UGB bovin viande et par UGB bovin lait.
Ensuite, en tenant compte de l’importance des UGB bovin viande et bovin lait, les quantités moyennes de fourrages et d’aliments concentrés consommés par an tous bovins confondus ont été estimées. Pour les fourrages, ces quantités sont de l’ordre de 3,7 t MS sous forme d’herbe (1,5 t sous forme conservée, 2,2 t sous forme pâturée), 1,1 t de maïs ensilage et 0,1 t sous forme d’autre fourrages (betteraves, céréales immatures,…). Pour les aliments concentrés, ces quantités atteignent 795 kg MS (223 kg produits sur l’exploitation et 572 kg achetés) dont 312 kg de céréales, 36 kg de protéagineux, 144 kg de tourteau de soja, 108 kg d’autres tourteaux, 153 kg d’autres coproduits et aliments divers et 42 kg d’aliment minéral vitaminé.

Tableau 1 : Quantités d’aliments consommées par an par les bovins viande selon les types d’exploitations

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Tableau 2 : Quantités d’aliments consommées par an par les bovins lait en systèmes spécialisés et selon les types d’exploitations

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Tableau 3 : Quantités d’aliments consommées par an par les bovins lait et viande et selon les types d’exploitations

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II.2. Parts relatives des aliments consommés à l’échelle française

Les données obtenues selon les groupes typologiques ont été agrégées en tenant compte de leur représentativité afin d’évaluer les quantités moyennes de fourrages et d’aliments concentrés consommées par UGB à l’échelle annuelle. En moyenne, tous systèmes confondus (bovin lait et bovin viande), la ration alimentaire moyenne est constituée à 86 % de fourrages et 14 % d’aliments concentrés (cf. figure 1). En systèmes bovin viande, cette ration alimentaire moyenne est composée de 90 % de fourrages et 10 % d’aliments concentrés (cf. figure 2). Une estimation du détail des matières premières utilisées dans les aliments concentrés est indiquée dans la figure 3.

Figure 1 : Parts des aliments consommés par UGB « tous systèmes bovins lait et bovins viande confondus »

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Figure 2 : Parts des aliments consommés par UGB « tous systèmes bovins viande confondus »

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Figure 3 : Parts des différents aliments consommés par UGB « tous systèmes bovins lait et bovins viande confondus » et détail des matières premières des aliments concentrés

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II.3. Autonomies fourragère et alimentaire

L'autonomie est définie comme la part des aliments (fourrages et concentrés) produits sur l'exploitation (P) par rapport à ceux (produits et achetés) consommés par l’ensemble des animaux de l’élevage (C).
Autonomie alimentaire (en %) = Aliments consommés par les animaux (produits et achetés) (P) / Aliments produits sur l’exploitation (C).

L’autonomie alimentaire d’un élevage peut être analysée à l’aide de trois indicateurs.
En considérant les quantités d’aliments, on calcule l’autonomie alimentaire massique. On peut alors distinguer l’autonomie sur les seuls fourrages ou concentrés, et l’autonomie relative à la ration totale. Les quantités d’aliments produits, achetés et consommés sont exprimées en kg de MS. Sur la ration totale, l’autonomie massique est élevée, en moyenne de 88 % pour les systèmes bovins lait et viande confondus (variabilité de 71 % à 97 % selon les systèmes d’élevage). L’autonomie en fourrages est également élevée : elle atteint 98 % et varie peu selon les systèmes. Celle en concentrés est faible (28 %) et sensiblement variable entre systèmes (de 7 % à 52 %). Pour l’ensemble des systèmes bovins viande, les fourrages sont produits à 98 % sur les exploitations d’élevage. Quant aux aliments concentrés, la part produite sur les exploitations est de 39 %. Au final, l’autonomie alimentaire atteint 92 %.
En considérant la valeur énergétique des aliments, on s’intéresse à l’autonomie énergétique. Les consommations, productions et achats d’aliments sont exprimés en UF (Unités Fourragères), unité de mesure de l’énergie des aliments destinés au bétail. Du fait de la valeur énergétique moyenne à élevée des fourrages généralement utilisés, et de la part prépondérante des fourrages dans la ration, les valeurs d’autonomie énergétique sont proches de celles de l’autonomie massique.
En considérant la valeur protéique des aliments, on caractérise l’autonomie protéique. Les valeurs s’expriment alors en kg MAT (Matières Azotées Totales). Les besoins d’azote complémentaire étant différents selon les systèmes d’élevage, l’autonomie protéique de la ration (égale à 77 %) est plus faible que l’autonomie massique. L’autonomie protéique sur la seule fraction « fourrages » est élevée (98 %) et très peu variable entre systèmes. L’autonomie protéique de la partie « concentrés » est faible : environ 20 %. Elle varie fortement entre les systèmes d’élevage (de 4 % à 34 %), et encore plus à l’échelle individuelle des exploitations, en fonction des besoins azotés plus ou moins élevés des animaux et de la composition du système fourrager (un système herbe est, par exemple, plus équilibré en protéines qu’un système basé sur du maïs ensilage).

Tableau 4 : Autonomie alimentaire massique dans les exploitations bovines en France (élevages bovins lait et viande confondus)

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Tableau 5 : Autonomie alimentaire massique dans les exploitations bovin viande en France

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CONCLUSION

L’examen des résultats de l’étude a permis de dégager les grandes catégories d’aliments consommés et leur proportion dans la ration moyenne des animaux, exprimée par UGB. Ce travail confirme la place majoritaire de l’herbe dans les rations, qu’il s’agisse d’herbe pâturée ou conservée sous diverses formes à hauteur de 64 % en moyenne pour le cheptel laitier et allaitant et 80 % si l’on ne considère que le cheptel allaitant destiné exclusivement à la production de viande. Par ailleurs, les résultats établissent avec précision le degré élevé d’autonomie des exploitations d’élevage bovin en France, puisqu’en moyenne 88 % des aliments qu’ils consomment sont produits sur la ferme même et environ 95 % sur le territoire français.

 

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